ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DANS LA SOMME1940Le Progrès de la Somme, édition du mardi 8 et du mercredi 9 octobre 1940
APPEL AUX INSTITUTEURS ET INSTITUTRICES DE FRANCE L'Inspection Académique nous communique l'appel suivant du ministre d’État à l'Instruction Publique :
Par une circulaire en date du 9 Août 1940, M. le Ministre Secrétaire d’État à l'Instruction Publique avait prescrit à tout le corps enseignant de consacrer la première classe de rentrée, à la France, et d'y donner lecture de fragment des appels adressés aux Français dans le courant du mois de juin dernier par le Maréchal,
Je sais que le plus grand nombre des maîtres a compris la pensée qui avait inspiré ces instructions et s'y est conformé. Mais il en est quelques-uns qui les ont méconnues, soit en n'y obéissant pas, soit même en les travestissant.
Une telle attitude révèle un mal profond, et je ne veux pas croire qu'une inadmissible consigne aurait été donnée.
La première condition pour remettre de l'ordre à l'intérieur du pays, est que chacun soit à sa place dans sa hiérarchie propre, et exécute les instructions de ses chefs.
Ceux qui n'ont pas d'autorité officielle n'ont aucune qualité pour donner des ordres à leurs collègues, pour les convoquer, ou pour leur transmettre des consignes. De tels agissements ne sauraient être tolérés.
A cette occasion, je rappelle aux instituteurs et aux institutrices qu'ils ont toujours le moyen de se faire entendre de leurs chefs mais que toutes leurs réclamations ou demandes doivent suivre la voie régulière.
Les manquements qui m'ont été signalés, et la méconnaissance de l'autorité dont ils témoignent, m'ont d'autant plus douloureusement surpris, que je sais la grande majorité du corps des instituteurs et institutrices animés de profonds sentiments de patriotisme et de conscience professionnelle.
Je sais aussi, que beaucoup d'entre eux ont vaillamment servi leur pays, remplissant avec courage et abnégation leur devoir de soldat ou d'officier. Ceux- là ont acquis au service de la Patrie une autorité qui leur sera profitable pour développer le sens du devoir, dans la jeunesse à l'éducation de laquelle ils se dévouent.
Je fais confiance aux instituteurs et aux institutrices de France. Tous comprendront qu'il n'est de plus grande satisfaction que celle du travail bien fait. Un bon instituteur ne peut remplir sa mission qu'à la condition de s'y consacrer tout entier, d'aimer son métier ; d'aimer les enfants qui lui sont confiés, de se tenir en contact étroit avec les familles, de gagner et de mériter leur confiance.
Chacun de vous le fera sans peine s'il a lui-même le sens du devoir et de la discipline.
Le Secrétaire d’État à l'Instruction Publique et à la Jeunesse,
Georges RIPERT.
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Cet appel est rempli de menaces implicites entre les lignes à l'encontre des enseignants de l’École primaire. En clair, le choix est simple, se soumettre ou se démettre, face aux nouvelles orientations du régime de Vichy pour qui l'instituteur a été un vecteur de la défaite.
Par la loi du 18 septembre 1940, ce même Georges RIPERT, secrétaire d’État à l'instruction publique du régime de Vichy, avait décidé la fermeture des écoles normales à compter du 1er octobre 1941.
Pour le gouvernement de Vichy, ces lieux qui avaient formé des générations de "hussards noirs de la République", profondément laïques, et qualifiés de socialisant, devaient être éradiqués par mettre en place les "valeurs nationales" prônées par Vichy et le Maréchal qui dirige le nouveau régime que sont le Travail, la Famille et la Patrie.VOIR sur ce sujet : "Le temps des instituteurs"
http://www.le-temps-des-instituteurs.fr ... rmale.htmlCordialement
Eric Abadie