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Bonjour
Voici un article du Courrier Picard du 12 juillet 2018. C'est pour l'instant le seul témoin civil direct et identifié qui donne quelques informations sur le sort des Sénégalais. Je vais voir avec Bruno s'il a un témoignage plus fourni.
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A 92 ans, il est le doyen du village. Alors, témoigner de ce qu’il a vu et vécu sur le Plateau picard durant la Seconde Guerre mondiale lui tenait à cœur : « Parce que je me souviens de beaucoup de choses. » Et qui mieux que Bruno Jurkiewicz pouvait entendre ce récit ? L’historien local, président de l’association Juin 18 Mémoire des Chars, est certes plutôt spécialisé dans le premier conflit planétaire, mais un tel témoignage est « précieux car totalement inédit. » C’est à Canaples, entre Amiens et Doullens, que Jean-Claude Deux est né. « Puis nous sommes allés habiter à Hallivillers où mes parents avaient repris le café. » Son père est mobilisé en septembre 1939, avant de revenir cinq mois plus tard. Le 10 mai 1940, « les Allemands déclenchent leur offensive pour attaquer Amiens » rappelle Bruno Jurkiewicz. Jean-Claude Deux a alors 15 ans. « On voyait beaucoup de troupes françaises passer pour aller se battre ; on entendait aussi les canons. Une fois, on s’est fait mitrailler en déplaçant un troupeau de moutons ; heureusement, personne n’a été touché. » Fin mai, l’évacuation du village est ordonnée. « Le maire et un officier passaient de maison en maison pour nous dire de partir. Les Allemands arrivaient ; il y avait des rumeurs sur ce qu’ils faisaient aux jeunes Français en âge de se battre… » La famille Deux a la chance de posséder un véhicule, « une Renault commerciale avec une bâche » et prend la direction de Paillart. « On ne savait absolument pas où aller. »Breteuil, Saint-Just-en-Chaussée - « la sucrerie se faisait bombarder » -, Angivillers - où la famille assistera au crash d’un appareil français lors d’un combat aérien « plus tard, on a appris qu’il s’agissait du commandant Arnoux (ndlr : surnommé l’as des deux guerres mondiales) » -, Lieuvillers… les communes défilent. Le véhicule se retrouve dans un chemin de terre menant à Noroy. « Il y avait eu de l’orage ; on s’est embourbé ». C’est finalement dans ce village que la famille Deux décide de stopper sa fuite, le 10 juin 1940, et s’installe dans une ferme dont les occupants sont partis. Et c’est aussi là que le jeune garçon aidera deux tirailleurs sénégalais à se cacher dans des ballots de paille, mais qu’il assistera aussi à une scène glaçante : « Les Allemands avaient fait des prisonniers parmi nos soldats. Ils les ont forcés à descendre la rue à quatre pattes, dans le caniveau. Ils criaient : ‘‘rampez comme vous faites en campagne !’’ Puis ils les ont emmenés à la mare où ils les ont fusillés. » Fin juin, la famille décide de repartir pour Hallivillers. « De toute façon, la guerre était partout. » Les villes et villages traversés ne sont plus que ruines ; Hallivillers est occupée par les Allemands. « On a vécu avec eux durant quatre ans ; ils n’embêtaient personne ; ils venaient chez mes parents boire un coup ! » Des Allemands qui partiront en toute discrétion à la fin de la guerre. La vie, doucement, reprendra son cours. Jean-Claude part effectuer son service militaire en Allemagne en 1946. « Puis mon père est tombé malade et nous avons vendu le commerce pour acheter une maison au Plessier-sur-Saint-Just. » Il y rencontrera celle qui deviendra sa femme. Après l’armée, il travaillera à la sucrerie, puis dans une entreprise de peinture et une autre de maçonnerie durant 25 ans… La guerre, finalement, il en parlera peu. « Quand il a fallu évacuer, ça a été terrible ; on a dû tout abandonner derrière nous… Ce ne sont pas de bons souvenirs. » SYLVIE MOLINES
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