Bonjour à tous,
Article du Courrier Picard du samedi 10 novembre 2012 :
http://www.courrier-picard.fr/courrier/ ... -la-guerreSAINS-MORAINVILLERS L'émotion de l'aviateur US, de retour 68 ans après la guerreEn 1944, Warren Thompson, pilote américain, a été recueilli au château de La Borde, pour échapper aux Allemands. À 88 ans, il renoue avec le passé.À peine sorti de la voiture, Warren A.Thompson, «Archie », ouvre de grands yeux. Le décor lui paraît familier. Pourtant, cela fait soixante-huit ans qu'il n'a pas mis les pieds en France. Les souvenirs qu'il a gardés du château de La Borde, toutefois, sont à jamais gravés dans sa mémoire.
Lorsqu'au retour de sa première mission, en mai1944, son avion est abattu au-dessus de Caix, à l'est d'Amiens, il finit par trouver refuge dans ce château isolé, recueilli par le compte Jacques de Baynast. Il y restera «un mois et demi», selon Dominique Lecomte, représentant de l'Association des sauveteurs d'aviateurs alliés (Asaa), à l'origine de ces retrouvailles. Très vite, le pilote retrouve ses repères, l'excitation prenant le pas sur l'émotion. «Là, c'est là que je dormais. Dans la grange, près de la chapelle. Je ne peux pas y croire. C'est un moment spécial, très spécial.»
À la porte du château, il est attendu par Philippe de Baynast, fils de Jacques, qui avait onze ans en 1944. Les deux hommes se saluent, émus, mais sans vraiment se reconnaître. «Nous vivions dans la même maison sans le savoir, explique le comte. Je savais qu'il se passait quelque chose. Les bruits de pas à l'étage, les silhouettes dans le jardin, les tartes amputées d'une part... Mais nos parents nous protégeaient.»
Invité dans la maison, «Archie» reconnaît la cheminée - «il y avait une grosse horloge, qui indiquait l'heure, mais aussi la pression atmosphérique» - les escaliers menant au jardin, celui conduisant à la cave à vin. Entouré d'une partie de sa famille, le pilote redécouvre ensuite la grange, là où il a vécu. «Tous les matins, une femme m'apportait le petit-déjeuner sur le balcon.» Il s'agissait de Nelly, une employée de maison. Mais Warren Thompson ne se souvient plus du prénom. «On nous avait entraînés à oublier les noms des personnes et des villes, en cas de capture... »
En arrivant dans la petite chapelle privée dans laquelle il a passé tant de temps, l'émotion le submerge. Il s'effondre quelques instants sur un prie-dieu, avant de se reprendre. Très souriant, chaleureux, l'américain remercie les nombreuses personnes présentes. Il part ensuite à la recherche de sa chambre, peine à la reconnaître.
Place ensuite au recueillement, au discours de Philippe de Baynast qui, entre autres, fait la lecture d'une lettre écrite par son père à la mère de l'aviateur. «Je me souviens d'une nuit au cours de laquelle j'ai dû me cacher dans les bois, lui répond « Archie ». Plusieurs heures plus tard, j'ai entendu quelqu'un crier mon nom. C'était votre père. Il était pour moi comme un berger.»
Un mois et demi après son arrivée, le nom de Baynast commençant à circuler dans les couloirs de la Gestapo, l'américain doit quitter le château, et se réfugie dans l'école du Mesnil-Saint-Firmin. Quelques jours plus tard, il est dénoncé aux Allemands et fait prisonnier. Jamais il ne leur dira où il avait trouvé refuge.
Article de JULIEN BARBARE, journaliste au CP