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DORYPHORE, terme vieilli mais injurieux, était donné aux soldats allemands qui occupaient la France durant la Seconde Guerre mondiale. Il était employé tout comme Fridolin, etc. pour marquer que les réquisitions de nourriture et en particulier de pommes de terre de l’armée allemande étaient assimilables aux ravages causés par les insectes du même nom. L'image de ces insectes dévoreurs de pommes de terre, pendant cette période d'occupation, avec leur carapace verdâtre évoquait ainsi le casque allemand aussi bien que l'uniforme «vert-de-gris». La métaphore se trouvait amplifiée par la pénurie alimentaire, et le leitmotiv «Ils nous mangent tout!», couplée à la réputation de l'occupant d'adorer les pommes de terre.
Mais avant tout, les doryphores, coléoptères nuisibles, au dos rayé, dont les larves s'attaquent aux plants de pommes de terre sont une calamité de ces années de guerre. Ces insectes mettent, en effet, en danger une économie agricole et alimentaire déjà fragile du fait des réquisitions très importantes de l'occupant.
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LA LUTTE CONTRE LE DORYPHORE
L'édition du 6 juin 1941 du Progrès de la Somme rappelle les précautions à prendre par les producteurs de pommes de terre afin de lutter contre l'invasion des doryphores.
1) Visiter des champs de pommes de terre au moins une fois par semaine à partir du moment où les plantes sortent de terre 2) Opérer aux heures chaudes de la journée 3) Signaler à la Mairie l'apparition des insectes. 4) Dès que les insectes rayés et durs se rencontrent sur les pousses, les ramasser avec soin au moins une fois par semaine et les détruire par le feu. 5) Lorsque la plupart des larves rouges atteignent la grosseur d'un grain de blé, pulvériser une bouteille arsénicale sur tous les champs. 6) Faire une seconde pulvérisation aussitôt que les insectes réapparaissent (environ 3 à 4 semaines plus tard). 7) Faire d'autres pulvérisations si l'invasion recommence.
Ses mesures devront être scrupuleusement suivies par les cultivateurs, qui seront responsables de l'état de leur culture. Un contrôle très sévère sera exercé et les contrevenants punis conformément à la loi : emprisonnement d'un mois à un an et amende de 50 à 500 francs. Ces peines étant doublées en cas de récidive. D'autre part, l'arrachage des pommes de terre ... sera immédiatement exécuté par les soins du Service de Défense des végétaux et aux frais de l'exploitant, quand la présence du doryphore sera constatée et que l'insecte n'aura pas été détruit par négligence dudit exploitant (article 10 de l'arrêté préfectoral du 4 mars 1941).
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L'hiver 1942-1943 fut exceptionnellement clément quant aux températures ce qui permit de passer cette période sans trop se soucier des problèmes de chauffage.
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L'édition du Progrès de la Somme, du 23 mai 1943 met l'accent sur ce fléau.
"GUERRE AUX DORYPHORES" Une température exceptionnelle a favorisé l'apparition des insectes adultes et les premières éclosions.
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Or, quant aux insectes, nous risquons de payer cher cette clémence trop tôt louée. Il n'est en effet que de constater en fin de journée, les vols massifs de hannetons. Il n'y a qu'a explorer les premières pousses de pommes de terre dans les champs et les jardins pour voir combien est déjà avancée l'invasion des doryphores. DES CHALEURS PRECOCES Les journées de chaleur dont nous nous réjouissons ont fait rapidement sortir du sol la génération de ces maudits insectes - les derniers nés - qui, à la fin du précédent été, se sont enfoncés dans le sol où ils ont passé l'hiver en toute quiétude. Poussés par leur instinct ils sont remontés à la surface plus tôt que d'habitude, se sont accouplés sans plus tarder et ont pondu aussitôt. On trouve déjà les petites grappes d'œufs couleur orange, aux revers des premières feuilles et on signale l'apparition des larves, les premières-nées. UNE VERITABLE INVASION Le péril est grand car, en quelques jours, ces larves dont la voracité est inouie, gonglées de nourriture, deviendront vite des insectes adultes qui s'accoupleront avec la même célérité que leurs parents et pondront de même. Les plants de pommes de terre n'auront même pas atteint leur développement normal que leurs feuilles seront déjà dévorées et une troisième génération s'apprêtera à achever la néfaste besogne. LE RAMASSAGE DES INSECTES ADULTES Avant d'examiner quels sont les moyens officiels mis à la disposition des cultivateurs et des possesseurs de jardins pour lutter efficacement contre les indésirables bestioles, donnons ce conseil à tous ceux qui cultivent un champ ou un jardin, à tous leurs amis car la lutte présente un intérêt général qu'il serait vain de méconnaître : Ramassez dans les champs et les jardins les doryphores adultes, ramassez-les avec soin et détruisez-les. La tâche est relativement facile, les plants de pommes de terre n'ayant encore que quelques feuilles. Vous pouvez ensuite, si vous disposez du temps nécessaire, enlever les feuilles sous lesquelles vous trouverez des œufs et des larves que vous détruirez avec la même minutie. Enfin, vous opèrerez un premier traitement, par pulvérisation, des produits que les services compétents mettront incessamment à votre disposition et notamment l'arseniate de chaux. Autre conseil : n'écrasez pas sur place insectes adultes et œufs ou larves. Mettez les premiers dans une bouteille au fur et à mesure que vous les recueillerez, vous ne risquerez pas d'en laisser échapper ; déposez les feuilles dans des boîtes et brulez le tout. LES MOYENS DE DESTRUCTION Voyons maintenant quels sont les moyens officiels mis en œuvre pour la campagne de destruction du doryphore. Le G.I.R.P.I.A. (Groupement Interprofessionnel de Répartition des Produits Indispensables à l'Agriculture), a adressé dernièrement aux syndics agricoles une circulaire les invitant à lui faire connaître sans retard quelles sont les quantités d'arséniate de chaux qui leur sont nécessaires... LE MATERIEL Aux services agricoles de la Somme, on nous a assuré que le matériel (pulvérisateurs à dos), employé l'an dernier, reste disponible pour la campagne 1943. Malheureusement, il ne saurait être question d'acquérir d'autres appareils. On ne peut que regretter aussi la pénurie d'appareils à traction animale, ce qui économiserait, il va de soi, de la main-d'œuvre et du temps. Une chose est certaine : le maximum d'efforts sera fait partout et par tous.
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