Les justes de l’OiseCompiègneRachel et Léon MALMED sont les petits voisins de la famille
Ribouleau. Après l’arrestation de leurs parents en juillet 1942, ils sont recueillis par
Henri et Suzanne, qui vont les considérer comme leurs enfants. Leurs parents ne reviendront pas des camps d’extermination.
Rachel avait été sauvée par des JustesDANS LES ANNALES noires de l'Occupation, elle et son frère auraient pu être déportés.
Rachel et Léon Malmed ont été sauvés grâce à l'aide de deux Compiégnois.
Rachel était de retour, hier matin. Elle a retrouvé
Catherine, la petite-fille de ses sauveurs, ceux qu'on baptise
les Justes. Sur son visage, seules les larmes parlent, traduisent l'émotion qui étreint alors Rachel et Catherine. « Je suis tellement émue, si vous saviez ce
que cette famille a fait pour nous. C'était une famille... »
Les mots refusent de sortir de la bouche de
Rachel. Ils restent dans la mémoire de cette femme qui, en 1942, avait à peine 10
ans. « C'était un dimanche matin, à 6 heures, le 19 juillet 1942. Cinq gendarmes français ont frappé à la porte de notre appartement. Ils recherchaient des juifs », se souvient
Rachel Malmed. Dans ce logement du 17 de la rue Saint-Fiacre, la peur s'installe. « On vous emmène », ordonnent les visiteurs, s'adressant à
Saul, 35 ans, et à son épouse
Chana, 29 ans, les parents de
Rachel et Léon. Ils ne reviendront pas.
« Mais que va-t-on faire des enfants ? » s'interroge alors
Suzanne Ribouleau, la voisine. Avec
son époux Henri, ils accueillent
Rachel, 10 ans, et
Léon, 5 ans. « On les gardera ! » lancent les deux Compiégnois. « Ils nous ont tout de suite adoptés. Ils nous ont élevés comme leurs propres enfants », confie
Rachel.
Cette dernière évoque ainsi le dévouement d'
Henri et de Suzanne : « Nos cartes de rationnement portaient évidemment le tampon juif. Pas question de s'en servir. Nos parents adoptifs prenaient sur leurs propres cartes pour nous nourrir. » Deux années durant, la vie se poursuit.
Rachel et Léon font définitivement partie de la
famille Ribouleau. En bons parents, Henri et Suzanne préparent l'avenir de Rachel et de Léon. « Elle m'a envoyée au cours Pigier pour devenir employée de bureau, car elle me disait : Il faut avoir un métier dans les mains, se souvient Rachel, qui a du mal à cacher son émotion quand elle affirme : « Pour le reste de ma vie, ils resteront dans mon coeur. »
A la Libération, l'oncle des deux enfants recueillis part à leur recherche, les retrouve et souhaite les confier à sa soeur, qui vit aux Etats-Unis. « Nous ne voulions pas partir de chez les Ribouleau », raconte Rachel. Mais un jugement de 1949 en décide autrement.
Rachel est arrachée à sa famille d'adoption, séparée de son frère, qui vit aujourd'hui en Californie, et embarquée contre son gré sur le « Queen Mary ». « J'étais très malheureuse, désespérée », se souvient-elle.
En Amérique, elle se mariera, apprendra l'anglais et poursuivra sa vie. «J'habite à Long Island, près de New York. Je vais souvent dans les écoles parler de tout cela, mais j'ai encore du mal à croire que c'était vrai », confie Rachel. Bien sûr, elle est revenue plusieurs fois voir ses « parents » français. Elle était là aussi pour les obsèques de « papa» Henri, puis de « maman » Suzanne.
Hier, de retour à Compiègne, elle a émis le désir de se recueillir devant le monument parisien érigé en mémoire des victimes de la Shoah, inauguré par Jacques Chirac. « J'ai reçu une invitation pour la cérémonie de dimanche dernier, mais je n'ai rien vu, il y avait trop de monde ! » regrette Rachel. Pourtant, avant son retour aux Etats-Unis dimanche, elle retournera au mémorial de la Shoah : « Je veux y lire le nom de mes parents.
Je pense qu'ils sont là. » Des mots forts, dans une période où on célèbre le 60e anniversaire de la libération des camps de la mort.
Article "Le Parisien" édition du 26 janvier 2005 par Jean-Luc Grandvallet
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Voir également le livre
"Nous avons survécu. Enfin je parle" de
Léon MALMEDRésumé
"Nous avons survécu. Enfin je parle" est l'histoire vraie, rédigée en français, de deux jeunes enfants, Rachel et Léon, dont le sort était scellé par le destin et la folie des hommes. Rachel et Léon étaient juifs, à une époque où cette simple appartenance était synonyme d'oppression, d'arrestation, de déportation et de mort. Dimanche 19 Juillet 1942, à cinq heures, on frappe à la porte, les policiers français viennent arrêter leurs parents, Srul et Chana Malmed.
Rachel et Léon ont respectivement 9 et 4 ans. Chana et Srul Malmed se lamentent : Que va-t'on faire de nos enfants ? Henri et Suzanne Ribouleau, des voisins, prononcent les quelques mots qui sauvèrent la vie de Rachel et Léon : "Ne vous inquiétez pas Monsieur et Madame Malmed. Nous allons prendre soin d'eux jusqu'à votre retour". Ils n'ont jamais revu leurs parents, exterminés à Auschwitz. A la fin de la guerre, Rachel et Léon sont séparés une fois des personnes qu'ils considéraient alors comme leurs seconds parents.
ISBN : 978-1-60962-052-3
Dossier n°1227 Le Comité français pour Yad Vashem
https://yadvashem-france.org/dossier/nom/1227/Les JustesAnnée de nomination : 1977
Henri Ribouleau et Suzanne Ribouleau
Localisation Ville : Compiègne (Oise)
Le 13 novembre 1977, Yad Vashem a décerné à Henri Ribouleau et à sa femme Suzanne le titre de Juste parmi les Nations.Voir aussi
Margny-lès-Compiègne : soixante ans après, le survivant de la Shoah raconte
Léon Malmed parle d’une voix calme, presque rassurante. Dehors, ce mardi, le ciel est gris, la pluie claque sur les fenêtres du collège Claude-Debussy de Margny-lès-Compiègne. Dans la salle, l’ambiance est lourde. Les élèves de ces deux classes de 3e écoutent ce « survivant de la Shoah » dans un silence de cathédrale. « Son histoire est tragique », dira Mathias à la fin de son intervention. Son histoire, c’est celle d’un enfant juif de 5 ans qui, le 19 juillet 1942, échappe, avec sa grande sœur Rachel, aux griffes de la police et de la Gestapo venues arrêter sa famille, à Compiègne.
https://www.tribunejuive.info/2016/02/0 ... h-raconte/=====================================================
Le Courrier Picard, publication du 2 Février 2016
MARGNY-LÈS-COMPIÈGNE Caché par des Compiégnois, il a survécu à la guerre
Léon MALMED et son épouse, Patricia, sont venus de Californie passer quelques jours à Compiègne, afin de faire quelques visites et assister à des commémorations. Ils se sont notamment rendus lundi matin au Mémorial du wagon de la déportation, en gare de Compiègne.
Léon MALMED, né à Compiègne, habitait au 17 rue Saint-Fiacre depuis 1941. Le 19 juillet 1942, alors âgé de 4 ans et demi, il assiste avec sa grande sœur Rachel, 9 ans, à l’arrestation par la gendarmerie française de ses parents, juifs polonais. Les deux enfants sont alors pris en charge par leurs voisins,
Henri et Suzanne RIBOULEAU, qui promettent aux parents de Léon de prendre soin d’eux, jusqu’à leur retour. Tout le monde pense que ce n’est qu’une affaire de quelques jours, voire de quelques heures.
Les parents Malmed sont déportés et ne reviendront jamais d’Auschwitz. « Papa et maman Ribouleau se sont occupés de nous et nous ont cachés chez eux pendant trois ans, au péril de leur vie », déclare Léon, évidemment éternellement reconnaissant. Après la guerre, les enfants sont envoyés chez des parents qu’ils ne connaissent pas à Saint-Quentin. En 1947, Rachel est envoyée aux États-Unis (il ne communiquera que par lettre avec elle pendant 13 ans). Léon a décidé de revenir chez les Ribouleau quand il avait 12 ans. Il y est resté jusqu’à ses 18 ans. Il est ensuite parti faire son service militaire dans l’armée de l’air, pendant 18 mois.
Ses études d’ingénieur mécanique lui ont permis de travailler à ACC La Jonchère à Compiègne. Il s’est marié en 1962 puis est parti travailler chez Michelin, à Clermont-Ferrand. Le couple rêve alors de partir aux USA. Il y part en 1964.
Après de petits boulots, Léon devient un brillant chef d’entreprise dans le domaine des hautes technologies. Il vit pendant 30 ans dans la Silicon Valley. Aujourd’hui à la retraite, il vit avec sa seconde épouse à 2 000 m d’altitude, au bord du lac Tahoe en Californie. « Je suis toujours en contact avec la famille Ribouleau. Henri est mort à 84 ans et Suzanne à 98 ans. Ils ont été honorés du titre de Juste parmi les nations. Je viens régulièrement à Compiègne pour rendre visite à leurs petits-enfants et me souvenir », confie Léon Malmed. Il a mis 60 ans pour témoigner dans un livre intitulé Nous avons survécu. Enfin je parle, aux éditions du Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne.
Cordialement
Eric Abadie