Les combats de 1940 sur l’AiletteArticle paru dans le Courrier Picard édition du jeudi 23 juillet 2026
Thibaut Verrier
[email protected]Le souvenir des héros de la terrible bataille de l’Ailette Mémoires de guerre. Dans l’Aisne, dans les environs de Soissons, un monument de 6 mètres de haut rappelle la courageuse défense menée par des soldats français en juin 1940. Ils voulaient freiner la progression de l’envahisseur vers Paris.
Sur les hauteurs du Banc-de-pierre, à Leuilly-sous-Coucy, sur un des derniers points de résistance à l’ennemi le 5 juin 1940, un monument a été érigé pour rappeler le courage des soldats français.
=========================================
Entre Coucy-le-Château et Soissons, en haut du Banc-de-pierre de Leuilly-sous-Coucy, en bordure de la RD 1 depuis 76 ans, un imposant glaive de bronze de 4 mètres de haut planté dans un bloc, trône en majesté.
Chaque jour en moyenne, ce sont presque 6 800 véhicules qui longent le monument à l’épée. Pourquoi est-il là ? Sur une plaque, fixée sur le socle de béton de 2 mètres, l’inscription « Aux morts de la 7e division d’infanterie (DI) tombés pour la patrie en 1940 » rappelle l’objectif de la construction. La 7e DI était composée du 93e régiment d’infanterie (RI) d’Argentan, du 102e RI de Vannes et du 130e RI du Mans, mais aussi du 40 e groupe de reconnaissance de division d’infanterie, du 31e régiment d’artillerie, du 231e régiment d’artillerie lourde et des services antichars, génie, train. Ils avaient « reçu l’ordre de défendre l’Ailette et l’Aisne, sans esprit de recul » et l’ont fait « généreusement les 5, 6 et 7 juin 1940 au cours de très durs combats contre un ennemi très supérieur en nombre, poussant à l’esprit de sacrifice ».
Difficultés avant le combatDepuis le 7 juin 2026, une borne mémorielle « Aisne, terre de mémoire – 1939/1945 » a été inaugurée à côté du monument. Elle permet, grâce au travail des services du Département, d’en savoir plus sur la bataille. Prélevées de l’Est, les forces françaises sont amenées en urgence dans l’Aisne pour contrer l’avancée rapide des Allemands vers Paris. La 7e DI arrive d’abord à Neuilly-Saint-Front avec l’ordre d’aller vers l’Ourcq. Le 29 mai, elle doit remonter vers l’Ailette. Le 30 mai, « le 93e RI tient le sous-secteur de Crécy-au-Mont, le 102e RI le sous-secteur de Vauxaillon et le 130e RI le sous-secteur de Pinon ».
Mais plusieurs difficultés vont jouer contre la division. L’unité, dirigée par le général Hupel, « souffre d’emblée de lacunes matérielles criantes ». Pour les historiens axonais, « elle manque en effet de canons antichars de 25 mm » et du côté du 93e RI, on a pointé que « les canons de 37 sont inopérants contre les chars modernes ».
Autre écueil, le terrain à défendre est ingrat. Les taillis et oseraies des bords du canal de l’Ailette ne favorisent pas les tirs. En venant du plateau, l’ennemi peut facilement faire des incursions et couper les lignes. En outre, en deux jours, les Français n’ont pas eu le temps de préparer une défense suffisante.
1 contre 3Dans la nuit du 4 au 5 juin, les Allemands sont repérés. À 4 h 44, le 3e bataillon du 93e RI demande un tir d’artillerie sur le hameau de Courson. À 5 heures, les Allemands attaquent, « avec un brouillard artificiel bleuté et un bombardement massif ». Ils arrivent à passer les canaux grâce à des bateaux pneumatiques. Dernière difficulté, la supériorité numérique. « Les combattants français font ainsi face à 1 contre 3 », avec les assauts de la 1ère division de montage et des 290e et 25e divisions d’infanterie allemandes. Malgré le sous-nombre, les Français opposent une résistance héroïque, avec beaucoup de pertes. La 7e DI, avec 2 000 hommes, sera obligée de se replier vers la Marne et la Seine, mais elle aura permis à d’autres forces de se réorganiser.
À la fin de la guerre, des voix se font entendre pour saluer le courage des soldats de la 7e DI. Grâce aux anciens de la division d’infanterie, à la générosité des habitants de quinze communes, à une souscription publique, le projet du glaive fendant la roche, est financé et est inauguré le 28 mai 1950. Régulièrement, des cérémonies rendent hommage aux sacrifices des courageux soldats.
Cordialement
Eric AbadiePhoto Thibaut Verrier