Nous sommes actuellement le lun. mars 23, 2026 21:02 pm

Le fuseau horaire est réglé sur UTC+01:00




Publier un nouveau sujet  Répondre au sujet  [ 1 message ] 
Auteur Message
MessagePublié : dim. sept. 21, 2025 11:07 am 
Hors-ligne
Avatar de l’utilisateur

Inscription : dim. août 30, 2009 19:40 pm
Messages : 397
Localisation : Beauvais
Bonjour.

1 photo du Breguet 693 n° 29 posé en catastrophe dans une clairière de la forêt d'Halatte. Le 6 juin, ordre de mission pour décoller de Chartres pour une attaque d'un rassemblement de blindés au nord de Chaulnes. Dans la revue ICARE n° 94, André Miton raconte cette mission. En voici des extraits :

"Nous devons bombarder un rassemblement de 800 chars, signalé au Nord-Ouest de Chaulnes, attaqué au canon et à la mitrailleuse les convois sur les routes de ce secteur et reconnaître un petit village.
Les 8 Breguet décollent en direction de Chaulnes, au nord de Senlis.
A l'aller, nous bombardons les chars. Notre mission s'effectue au soleil couchant, au moment ou les panzers sont rassemblés pour faire le plein d'essence. Notre chargement est composé d'une bombe explosive et de bombes incendiaires. Les bombes incendiaires font un foyer central. Je compte plus de 17 foyers auxiliaires après notre assaut. Tout ce qui est dans le coin brûle ou explose. Mais nous n'avons que 8 avions pour attaquer un rassemblement de 800 panzers ! Ensuite, nous montons vers le nord pour retrouver le petit village qui nous avait été signalé. Des tirs de barrage de la Flak nous attaquent au retour. Nous prenons de l'altitude en zig-zaguant pour éviter les obus. Le vol de groupe n'est plus possible et, tout à coup, là-haut, dans le soleil couchant, j'aperçoit des chasseurs ennemis qui prennent notre direction. Ma radio étant en panne, je m'approche le plus possible de l'avion du Capitaine Lacat. Son mitrailleur, le Lieutenant De Dampierre, m'aperçoit. Je fait des battements d'ailes et je demande à mon mitrailleur de tirer 2 ou 3 rafales en direction des chasseurs ennemis.
Attaqué par un Messerschmitt 109, je fonce en vol rasant pour l'éviter. Soudain, 1 balle tirée du sol passe sous mon casque et me déchire toute la peau de la paupière droite, à tel point que j'ai les sourcils qui me tombent dans l'œil. Je ne vois presque plus rien. Puis, un obus vient détruire le tableau de bord ; je reçois des éclats dans le menton. Complètement aveuglé, je tire sur le manche et remets les moteurs. Je suis criblé d'éclats d'obus ; dans mes bras, dans mes jambes, à la main droite. Je ne peux plus que me servir de l'auriculaire pour faire fonctionner la mitrailleuse et le canon. J'ai du sang plein ma combinaison, je ne peux plus ouvrir ni fermer les mains sur la manette des gaz. Je reprends le vol rasant et tente de rejoindre l'aérodrome de Chartres. J'apprendrais plus tard que le Capitaine Lacat et le Lieutenant Devin avaient pris en chasse le Messerschmitt qui m'attaquait.
En vol rasant, j'arrive près de Noyon pour retrouver l'Oise lorsque j'aperçois au dessus de nous à 500 mètres d'altitude environ, 2 groupes de 9 chasseurs allemands. Je fais signe à mon mitrailleur et me rapproche du sol, espérant ne pas être vu. Tout à coup, les chefs de groupe battent des ailes et le cirque recommence. Il dure longtemps, bien longtemps. Je vire de tous les côtés pour éviter les attaques d'en dessous. Je ne vois que d'un œil, les bras et les jambes commencent à me faire souffrir.. Je fais feu à chaque fois qu'un Messerschmitt passe devant moi. Soudain, mon mitrailleur Uteza se met à chanter, à hurler, à crier ; le malheureux ne sait plus ce qu'il fait !
Je suis une route bordée d'arbres sur le côté gauche. J'aperçois 5 ou 6 cultivateurs en train de biner des betteraves. Les chasseurs qui me poursuivent me tirent par l'arrière et je vois les balles et les obus éclater près des civils. Pour détourner le tir des Messerschmitt et essayer d'épargner les cultivateurs, je vire dans les arbres et les frôle même en passant de l'autre côté de la route.
Dans les petits vallons, où je me faufile, les chasseurs ennemis se fatiguent et je les sème à nouveau.
Au dessus de la forêt de Chantilly, mes 2 moteurs perdent l'huile et l'essence. Je pense atteindre Chantilly pour tenter de me poser sur le champ de course. Le terrain de Persan-Beaumont avait été bombardé et était inutilisable. Laissant Senlis à ma gauche, je m'engage en vol rasant sur la forêt de Chantilly. Au milieu des bois, les moteurs s'étouffent. Il me faut d'urgence trouver une clairière ou une route pour me poser.
J'aperçois sur la gauche une petite clairière qui fait 200 mètres de long sur 100 mètres de large. Il faut absolument tenter d'atterrir à cet endroit. Je ferme les réservoirs d'huile, coupe les contacts, largue ma verrière, fait fonctionner les extincteurs et conseille à mon mitrailleur de se cramponner le plus possible.
Je vais trop vite encore, les arbres, en face de moi, se rapprochent rapidement. Je rentre directement dans la forêt dans un bruit de branches cassées et de tôles froissées. Pour moi, la Bataille de France était terminée.

Je me suis réveillé 3 jours 1/2 plus tard, couché dans un camion français. Entouré d'un drap, je portais juste un slip et j'avais des pansements à la tête, aux pieds et aux bras. J'avais été réveillé par un paquet que l'on m'avait fixé au poignet gauche. J'avais très mal à la tête et cet étrange paquet m'était tombé sur le visage et me gênait. Il était fait de bandes à pansement et contenait les 37 éclats que l'ont m'avait retiré du corps à l'Hôpital de Senlis.
Aussitôt réveillé, je me suis inquiété de mon mitrailleur, le Sergent-Chef Uteza. Il était à côté de moi, en slip également, enveloppé d'un drap. Il ne bougeait pas. On nous a transporté dans un couvent transformé en Hôpital à Saint-Maximin au milieu des bois, près de Senlis.
Je ne voulais pas être séparé d'Uteza et on nous transporta d'Hôpital en Hôpital. Louis Uteza ne s'est réveillé que 17 jour plus tard..."

Amicalement.
Laurent


Pièces jointes :
Breguet 693 codé 3 blanc écrasé à Verneuil en Halatte 6 juin 1940.jpg
Breguet 693 codé 3 blanc écrasé à Verneuil en Halatte 6 juin 1940.jpg [ 27.51 Kio | Consulté 345 fois ]
Haut
   
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet  Répondre au sujet  [ 1 message ] 

Le fuseau horaire est réglé sur UTC+01:00


Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 22 invités


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas transférer de pièces jointes dans ce forum

Rechercher :
Atteindre :  
(c)picardie-1939-1945.org
[ Time: 0.217s | Queries: 24 | Peak Memory Usage: 13.66 Mio | GZIP: Off ]