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LES REQUIS
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En route vers la France
Comprenant qu'il n'y avait rien à attendre des Boches, les deux hommes reprirent leur projet et le départ fut décidé pour le 19 août. Comme chaque samedi, ils avaient touché leur ravitaillement pour la semaine suivante. Ils partirent donc, mais ils n'allèrent pas loin. En effet, à la gare de Salchendorf, où ils voulurent prendre des billets à destination d'Aix-la-Chapelle, l'employé leur demanda leurs papiers et, voyant qu'il avait à faire à des requis, les éconduisit, tout déplacement étant interdit en Allemagne aux travailleurs étrangers. Mais huit jours plus tard - le 26 - grâce à l'involontaire complicité d'une jeune fille allemande qui leur avait pris leurs billets "pour qu'ils puissent aller voir un camarade malade à Aix-la-Chapelle", ils quittaient Salchendorf, riches d'espoir... Pour ne pas se faire repérer, les deux fugitifs évitaient de parler dans le wagon qui les emportait. Ils arrivèrent ainsi à Cologne. Après s'être trompés de train, ils durent revenir à Cologne d'où, en pleine nuit, ils repartir pour Düren. Dimanche, à 6 heures du matin, ils étaient à Aix-la-Chapelle. Pendant toute la journée, ils restèrent cachés dans un bois à la sortie de la ville. La nuit, munis d'une carte qu'ils avaient pu se procurer, ils se mirent en route pour franchir les 25 kilomètres les séparant de la frontière belge. En évitant les routes et les ponts, ils marchèrent toute la nuit. Et, sans le savoir, après avoir passé une rivière à gué, ils arrivèrent en Belgique ce que leur annonça en excellent français, un homme rencontré au petit jour.
L'accueil des Belges
M ROBILLARD et son compagnon n'étaient pas encore sauvés car les troupes allemandes étaient nombreuses en Belgique et la Feldgendarmerie procédait souvent à des vérifications d'identité. Fort heureusement, ils purent entrer en relations avec un cafetier appartenant à la Résistance belge. Grâce à son intervention, ils furent cachés pendant huit jours dans un bois et ravitaillés par les hommes du maquis belge. Puis un fermier de Chevron les abrita pendant huit autres jours. Entre temps, ils avaient appris bien des choses qu'ils ignoraient à Salchendorf ; leurs amis belges les avaient mis au courant de l'avance des alliés, aussi les deux évadés décidèrent-ils d'attendre les Américains à Chevron. Le samedi 9 septembre, les Allemands en retraite, cernaient Chevron, et notamment la ferme où les deux hommes s'étaient réfugiés mais, fort heureusement, les deux fugitifs purent leur échapper. Le lundi suivant, les Américains arrivèrent. M. ROBILLARD, qui savait par la T.S.F. que la région amiénoise avait été libérée n'attendit pas son reste et, le lendemain, il se remettait en route avec son camarade. En se méfiant surtout dans les traversées de bois infestés de Boches voulant se procurer des effets civils, ils couvrirent à pied les 45 kilomètres les séparant de Huy. Dans cette localité, ils furent ravitaillés par les F.F.I. Français. Le mercredi, ils repartirent à pied pour Namur, mais, en cours de route, un camion américain les prit à son bord et les transporta dans cette ville. L'intervention d'un policeman américain leur procura deux places dans un autre camion américain qui les déposa à La Capelle le soir même. Le jeudi, une voiture des F.F.I. les transporta à La Fère d'où ils gagnèrent Tergnier à pied. Le lendemain matin, vendredi, ils montaient dans le train qui les amenait à Amiens à 10 heures. Inutile de dire que le trajet Amiens-Rivery fut rapidement couvert... Inutile aussi de dire avec quelle émotion, avec quelle joie M. ROBILLARD et sa famille se retrouvèrent. Tous vécurent alors des instants inoubliables. Si son compagnon de fuite, le méridional Henri DOIRE, a poursuivi sa route avec l'avide désir d'embrasser au plus tôt les siens, M. Daniel ROBILLARD, deux jours après son retour, a déjà repris ses habitudes - des habitudes interrompues depuis bientôt ving-deux mois. Mais, s'il savoure son bonheur, s'il apprécie l'espèce de chance qui le favorisa au cours de son odyssée, M. ROBILLARD n'oublie pas ceux qu'il a laissés là-bas en Westphalie, et son regard se voile lorsqu'il noous parle d'eux. Aussi, dès hier, a-t-il commencé à se rendre auprès des parents ses camarades encore exilés pour leur parler de ceux dont on attend ardemment le prochain retour, la prochaine libération. Puissenet ces paroles atténuer leur peine et renforcer leur foi dans un avenir qui s'annonce plein de promesses.
La Picardie Nouvelle, numéro 17 du mardi 19 septembre 1944 - 711PER1 - Archives de la Somme
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