RUE (Somme)Arrondissement d'AbbevilleRUEQuelques notes sur la vie à RUE depuis la mi-mai 1940Le 19 mai, alors que depuis plusieurs jours de nombreux convois de réfugiés belges passaient en gare de RUE, le Maire reçoit l'ordre d'accueillir et d'héberger les occupants de deux trains en provenance de Belgique, soit environ 2.500 personnes.
Toute la population seconde la municipalité pour venir en aide à ces malheureux.
Bientôt on apprend que le trafic ferroviaire est arrêté et que la Poste ne fonctionne plus.
Le 21 mai, dans la matinée, la Mairie peut encore, pour la dernière fois, téléphoner à la Sous-Préfecture.
Après cette communication, RUE se trouve entièrement isolée et l'administration communale privée entièrement de moyens de paiement, car le percepteur est parti.
Une interminable théorie d'automobilistes, de cyclistes, de chariots, de véhicules de toutes sortes, traverse la ville, sans arrêt, avec l'intention de franchir la Somme, à Saint-Valery.
Au cours de la nuit du 21 au 22, la route de Noyelles, Vers Nolette et Morlay, est coupée. De violents combats s'y livrent *. C'est alors le grand reflux des réfugiés qui se dispersent comme ils le peuvent dans la région.
Pour sa part, RUE en abritera, un mois durant, près de 6.000, dont moitié de Français et moitié de Belges.
Le ravitaillement de cette foule de réfugiés et celui de la population (très peu d'habitants ont quitté leur demeure, ...heureusement pour eux) pose des problèmes aigus.
Le 26 mai, le Conseil Municipal, réuni au grand complet, autorise le Maire à contracter des emprunts pour parer aux dépenses les plus urgentes, M.
GUILBART, secrétaire de mairie, est nommé receveur municipal intérimaire.
L'argent nécessaire est trouvé immédiatement. La liquidation, dans des conditions normales, d'une maison d'alimentation abandonnée par ses propriétaires, et d'une coopérative agricole de blé gardée par un seul ouvrier, procure en outre une somme importante.
Ainsi, pendant près de trois mois, M.
GUILBART pourra régler les dépenses de la Commune, des Hospice, du Bureau de Bienfaisance, celles de l'Association Syndicale de Dessèchement du Marquenterre, dont les ouvriers travaillent comme en période ordinaire.
M.
GUILBART paiera encore les allocations militaires, les enfants assistés, l'assistance aux vieillards, aux femmes en couches, etc...
Grâce à la perception, assurée par le receveur des Indirectes, de certaines taxes d'Etat, des avances seront consenties aux fonctionnaires et retraités des services publics.
La Commune aide aussi l'importante Société des Sucreries du Marquenterre, que la fermeture des banques a laissé sans numéraires, à payer les salaires des ouvriers et les appointements du personnel.
Pendant ce temps, boulangers, bouchers, épiciers, travaillent à plein. Et, somme toute, malgré l'énorme densité de la population, personne ne pâtit.
D'ailleurs, avant de quitter la ville, les présidents des Comités de Réfugiés français et belges remercient vivement le Maire et la Municipalité de l'excellent accueil reçu par les réfugiés.
Vers le 10 août, le percepteur rentre et reprend sa fonction de receveur municipal, déchargeant ainsi M.
GUILBART, le dévoué secrétaire en chef de la mairie, d'une besogne aussi considérable que délicate.
Presque tous les autres fonctionnaires étant demeurés à leur poste, et ceux qui avaient répondu à l'ordre d'évacuation de leurs chefs ayant réintégré, les rouages administratifs fonctionnent, sinon comme en temps normal, du moins de façon satisfaisante.
Terminons en signalant que la sucrerie de RUE qui, chaque année, pendant près de trois mois, occupe une main d'œuvre importante, se prépare pour la campagne prochaine. La récolte de betteraves est satisfaisante dans la région du Marquenterre.
Il y a donc lieu d'espérer que l'hiver 1940-1941 ne sera pas trop pénible aux populations de RUE et des communes voisines, puisque ce coin de Picardie épargné par la guerre aura le bonheur supplémentaire de ne pas souffrir du chômage.
Le Progrès de la Somme, numéro 22170, samedi 7 et dimanche 8 septembre 1940 259PER292 Archives de la Somme
* Voir le sujet sur le "Passage de la Baie de Somme Le 21 Mai 1940, dans le thème "
Armée française - partie Somme"
viewtopic.php?f=36&t=3503Cet article du "Progrès de la somme" est très intéressant à plus d'un titre. Il nous explique la résilience de l'ensemble des habitants d'un bourg picard face à des conditions particulières et extraordinaires, et en premier lieu l'édile, ainsi que des principaux acteurs de la vie locale. Ce consensus a permis à la cité phare du Marquenterre d'affronter cette terrible épreuve de mai et juin 1940 et de rebondir par la suite.Cordialement
Eric Abadie