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 Sujet du message : LES REQUIS
MessagePublié : sam. déc. 13, 2025 15:12 pm 
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LES REQUIS


ÉVADÉ D'ALLEMAGNE

Un habitant de Rivery, requis en novembre 1942, est rentré dans sa famille vendredi dernier.

Il avait quitté Salchendorf, en Westphalie, le 26 août

En cet après-midi de dimanche consacré au football, nous avions fait le déplacement d'un lointain terrain de sport et assistions à l'amicale "explication" de deux équipes, l'une britannique, l'autre amiénoise, lorsque, à la faveur d'un arrêt de jeu, notre attention fut attirée par une conversation voisine, dans laquelle il était question de prisonniers français venant de rentrer d'Aix-la-Chapelle...
... D'Aix-la-Chapelle ? D'Aix-la-Chapelle dont quelques heures plus tôt le communiqué britannique nous avait appris l'encerclement par les forces américaines ? C'était là un rapprochement suffisant pour alerter notre curiosité professionnelle...
Aussi, prenant part à la conversation, tentâmes-nous aussitôt de recueillir quelque renseignement complémentaire. Hélas notre informateur involontaire, mais rempli de bonne volonté, put seulement préciser qu'il s'agissait d'un requis habitant Rivery.
C'était peu, mais c'était suffisant. Et moins d'une heure plus tard, l'aimable et sympathique maire de Rivery, M. CAILLEUX, nous aiguillait sur la bonne piste.
Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que, rue La Barre, chez M. Isidore DAMELINCOURT - un ancien gymnaste de "la Patriote", jadis chère au père HENNEGRAVE - nous étions en présence de notre évadé.
Le temps de traverser la rue, et celui-ci, M. Daniel ROBILLARD, nous faisait pénétrer dans le baraquement qu'il habite et où il vient de retrouver sa femme.

21 mois d'absence

M. Daniel ROBILLARD est un costaud sympathique dont le visage est empreint d'énergie. On conçoit la joie qui l'anime mais on la comprend mieux au fur et à mesure qu'il conte son odyssée.
Employé comme imprimeur à la Maison Yvert et Cie, il fut requis pour aller travailler en Allemagne, et bon gré mal gré, il quitta Rivery le 24 novembre 1942. Quelques jours plus tard, il était incorporé dans une usine métallurgique de Salchendorf, localité de la Westphalie du Sud. Parmi ses camarades, se trouvaient plusieurs Amiénois, dont un employé de banque, M. Jacques WARIN et deux ouvriers du Livre : MM. Raoul GRENET et Dominique EVRARD.
Le personnel de l'usine comprenait des Français, des Ukrainiens et des Allemands. Chez ceux-ci, les jeunes vénèrent toujours leur Fuehrer. Il n'en est pas de même chez les vieux et surtout chez ceux qui ont fait l'autre guerre. Peu à peu, devant les revers de Russie, d'Afrique, d'Italie puis de France, leurs yeux se sont ouverts et ils ont compris que la guerre est perdue pour eux, aussi aspirent-ils à la paix.
L'usine fabriquait des plaques pour sous-marins. Le travail n'était pas très poussé mais la nourriture laissait nettement à désirer. Fort heureusement, il y avait les colis. Et, à ce sujet, M. ROBILLARD, nous donne un renseignement qui intéressera les familles des requis : fin juillet dernier, il reçut encore un colis expédié d'Amiens le 30 juin.

Pas de permission

A leur départ pour l'Allemagne, on avait formellement promis aux travailleurs qu'ils auraient des permissions. Les hommes mariés devaient en bénéficier après six mois de présence, mais à l'expiration de ce terme, la promesse ne fut pas respectée. Les mois s'écoulèrent sans que la promesse fut tenue et ce, sous le prétexte que les permissionnaires partis précédemment n'étaient pas retrournés en Allemagne.
En avril dernier, voyant qu'il ny avait rien à espérer des autorités allemandes, M. ROBILLARD et un de ses compagnons de chambre, M. Henri DOIRE, habitant Valence, décidèrent de tenter l'évasion. Ils commencèrent leurs préparatifs, mais, dans le même temps, le bruit se propagea que les permissions allaient reprendre. Comme ils étaient dans les premiers à partir, ils décidèrent d'attendre. Hélas ! Ce bruit n'eut aucune confirmation...



à suivre ...


La Picardie Nouvelle, numéro 17 du mardi 19 septembre 1944 - 711PER1 - Archives de la Somme


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 Sujet du message : Re: LES REQUIS
MessagePublié : sam. déc. 13, 2025 18:50 pm 
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...

En route vers la France

Comprenant qu'il n'y avait rien à attendre des Boches, les deux hommes reprirent leur projet et le départ fut décidé pour le 19 août.
Comme chaque samedi, ils avaient touché leur ravitaillement pour la semaine suivante. Ils partirent donc, mais ils n'allèrent pas loin. En effet, à la gare de Salchendorf, où ils voulurent prendre des billets à destination d'Aix-la-Chapelle, l'employé leur demanda leurs papiers et, voyant qu'il avait à faire à des requis, les éconduisit, tout déplacement étant interdit en Allemagne aux travailleurs étrangers.
Mais huit jours plus tard - le 26 - grâce à l'involontaire complicité d'une jeune fille allemande qui leur avait pris leurs billets "pour qu'ils puissent aller voir un camarade malade à Aix-la-Chapelle", ils quittaient Salchendorf, riches d'espoir...
Pour ne pas se faire repérer, les deux fugitifs évitaient de parler dans le wagon qui les emportait. Ils arrivèrent ainsi à Cologne.
Après s'être trompés de train, ils durent revenir à Cologne d'où, en pleine nuit, ils repartir pour Düren. Dimanche, à 6 heures du matin, ils étaient à Aix-la-Chapelle.
Pendant toute la journée, ils restèrent cachés dans un bois à la sortie de la ville. La nuit, munis d'une carte qu'ils avaient pu se procurer, ils se mirent en route pour franchir les 25 kilomètres les séparant de la frontière belge. En évitant les routes et les ponts, ils marchèrent toute la nuit. Et, sans le savoir, après avoir passé une rivière à gué, ils arrivèrent en Belgique ce que leur annonça en excellent français, un homme rencontré au petit jour.

L'accueil des Belges

M ROBILLARD et son compagnon n'étaient pas encore sauvés car les troupes allemandes étaient nombreuses en Belgique et la Feldgendarmerie procédait souvent à des vérifications d'identité. Fort heureusement, ils purent entrer en relations avec un cafetier appartenant à la Résistance belge. Grâce à son intervention, ils furent cachés pendant huit jours dans un bois et ravitaillés par les hommes du maquis belge. Puis un fermier de Chevron les abrita pendant huit autres jours.
Entre temps, ils avaient appris bien des choses qu'ils ignoraient à Salchendorf ; leurs amis belges les avaient mis au courant de l'avance des alliés, aussi les deux évadés décidèrent-ils d'attendre les Américains à Chevron. Le samedi 9 septembre, les Allemands en retraite, cernaient Chevron, et notamment la ferme où les deux hommes s'étaient réfugiés mais, fort heureusement, les deux fugitifs purent leur échapper.
Le lundi suivant, les Américains arrivèrent. M. ROBILLARD, qui savait par la T.S.F. que la région amiénoise avait été libérée n'attendit pas son reste et, le lendemain, il se remettait en route avec son camarade. En se méfiant surtout dans les traversées de bois infestés de Boches voulant se procurer des effets civils, ils couvrirent à pied les 45 kilomètres les séparant de Huy. Dans cette localité, ils furent ravitaillés par les F.F.I. Français.
Le mercredi, ils repartirent à pied pour Namur, mais, en cours de route, un camion américain les prit à son bord et les transporta dans cette ville.
L'intervention d'un policeman américain leur procura deux places dans un autre camion américain qui les déposa à La Capelle le soir même.
Le jeudi, une voiture des F.F.I. les transporta à La Fère d'où ils gagnèrent Tergnier à pied. Le lendemain matin, vendredi, ils montaient dans le train qui les amenait à Amiens à 10 heures.
Inutile de dire que le trajet Amiens-Rivery fut rapidement couvert...
Inutile aussi de dire avec quelle émotion, avec quelle joie M. ROBILLARD et sa famille se retrouvèrent. Tous vécurent alors des instants inoubliables.
Si son compagnon de fuite, le méridional Henri DOIRE, a poursuivi sa route avec l'avide désir d'embrasser au plus tôt les siens, M. Daniel ROBILLARD, deux jours après son retour, a déjà repris ses habitudes - des habitudes interrompues depuis bientôt ving-deux mois. Mais, s'il savoure son bonheur, s'il apprécie l'espèce de chance qui le favorisa au cours de son odyssée, M. ROBILLARD n'oublie pas ceux qu'il a laissés là-bas en Westphalie, et son regard se voile lorsqu'il noous parle d'eux. Aussi, dès hier, a-t-il commencé à se rendre auprès des parents ses camarades encore exilés pour leur parler de ceux dont on attend ardemment le prochain retour, la prochaine libération.
Puissenet ces paroles atténuer leur peine et renforcer leur foi dans un avenir qui s'annonce plein de promesses.

La Picardie Nouvelle, numéro 17 du mardi 19 septembre 1944 - 711PER1 - Archives de la Somme


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 Sujet du message : Re: LES REQUIS
MessagePublié : dim. déc. 14, 2025 9:22 am 
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Il s'agit de :

Nom : ROBILLARD
Prénom : Daniel
Date de naissance : 03/04/1910
Lieu de naissance : Amiens (Somme)
Date de décès : 17/06/1987 (77 ans)
Lieu de décès : Salouël (Somme)

Sources : https://www.deces-en-france.fr/resultat ... ard-daniel

VOIR son acte de naissance le 3 avril 1910 aux archives de la ville d'Amiens - année 1910 - (page 121) :
Archives municipales et communautaires d'Amiens 2E1008

Il se marie à Amiens le 10 août 1929 avec SAINT Roseline Gisèle
Il décède à Salouël le 17 juin 1987


=====================================================


Liste électorale de l'année 1939 : Amiens, 14ème Section (Saint-Maurice) cote 3M534 - Archives de la Somme

ROBILLARD Daniel, né en 1910, profession : imprimeur, Domicile : Quai de la Somme n° 312






Cordialement
Eric Abadie


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